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L'eau saumâtre
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L'eau saumâtre
L'EAU SAUMATRE
On connaît bien l'eau douce et l'eau de mer, mais plus rarement l'eau saumâtre. Pourtant, la maintenance d'un certain nombre d'espèces assez fréquemment proposées dans le commerce exige de connaître au mieux les paramètres de ce milieu pour les maintenir dans des conditions satisfaisantes.
Réaliser un aquarium d'eau saumâtre est une expérience passionnante mais difficile, sans doute pas à la portée de l'aquariophile débutant. Cet article est proposé à titre d'avertissement, pour présenter les différentes espèces dont la maintenance est rendue délicate par le besoin impérieux d'une eau saumâtre.
Qu'est-ce que l'eau saumâtre ?
De l'eau saumâtre, c'est de l'eau salée. Mais ce n'est pas de l'eau de mer. En fait, on qualifie de "saumâtre" toute eau dont la salinité est plus élevée que celle de l'eau douce mais qui l’est moins que celle de l'eau de mer.
Naturellement, on trouve de telles eaux dans les zones où se mélangent eau douce et eau de mer : les estuaires, par exemple, constituent un milieu typique d'eau saumâtre. Il existe également des mares, des marais, légèrement salés : par exemple, des lagunes en bord de mer, alimentées par de l'eau douce et recevant régulièrement des projections d'embruns salés...
Les mangroves, ces véritables forêts aquatiques, sont également des milieux d'eau saumâtre. Souvent situées dans des estuaires ou en milieu côtier, elles reçoivent un mélange d'eau de mer et d'eau salée.
La caractéristique de la salinité d'un milieu saumâtre, plus que d'être un intermédiaire entre l'eau douce et l'eau de mer, c'est surtout d'être très variable.
La salinité, en aquarium, se mesure essentiellement par la densité de l'eau : cette densité est fonction de la quantité de sel dissout mais aussi de la température. La densité de l'eau douce est de 1,000 (on dit souvent "1 000" par erreur : on parle alors en millième de grandeur de densité, pour laquelle il n'existe pas d'unité), la mer, plus salée, à tendance à couler sous l'eau douce qui flotte. Sa densité est supérieure à 1. Celle de la Méditerranée, par exemple, est de l'ordre de 1,031 (là encore, on dit souvent "1031", mais c'est abusif). La densité de l'eau de mer varie beaucoup selon la mer ou l'océan concerné.
En aquarium, on maintient plutôt des espèces océaniques et on ajuste généralement la densité entre 1,018 et 1,024. La densité de la Mer Rouge varie plutôt entre 1,024 et 1,028.
Pour l'eau saumâtre, c'est très variable. Même si 1,008 semble être un bon compromis accepté par la plupart des espèces disponibles en animalerie, la densité de l'eau saumâtre peut varier de 1,002 à 1,045 soit plus salé que l'eau de mer!
Pourquoi la concentration de sel est-elle si importante?
Tous les animaux ont besoin de sel : le Sodium qu'il contient est un acteur essentiel du système nerveux et de la chimie des cellules. Mais la concentration de ce sel dans l'organisme est primordiale et ne doit pas varier.
Pour des animaux qui vivent en permanence dans l'eau, la concentration en sel est très importante : l'osmose est un phénomène qui fait que l'eau se déplace spontanément du milieu le plus concentré vers le milieu le moins concentré.
Dans l'eau douce, le corps des poissons est plus concentré en sel que le milieu extérieur : l'eau a tendance à les "imbiber", à pénétrer de force dans le corps du poisson, ce qui aurait pour effet de le faire éclater.
Chez un poisson d'eau douce, les reins ont un fonctionnement spécial, très intense, destiné à éliminer rapidement les excès d'eau dans l'organisme : ainsi, un poisson d'eau douce élimine de l'eau en permanence (ils urinent en permanence).
En eau de mer, le phénomène inverse s'observe : le sel est moins concentré dans le corps du poisson que dans le milieu extérieur, l'eau a donc tendance à quitter le corps du poisson, qui risque à cours terme une déshydratation mortelle. Pour contrer cette tendance, le métabolisme des poissons d'eau de mer a, au contraire, plutôt tendance à concentrer l'eau dans l'organisme : le poisson boit en permanence, tandis que le rein limite les pertes d'eau au maximum et cherche au contraire à la récupérer.
On comprend bien dans ces conditions les risques encourus par le passage de l'eau douce à l'eau de mer, et inversement.
Très peu d'espèces en sont capables. La plupart ne le font pas spontanément, mais vont changer de milieu au cours de leur vie : les anguilles, par exemple, naissent dans l'océan, puis remontent les fleuves pour vivre la fin de leur vie en eau douce ; au cours de la vie de l'animal, il se produit un changement, qui le rend capable de passer de l'eau de mer en eau douce. En aucun cas l'adulte, devenu capable de vivre en eau douce, ne pourrait survivre plus longtemps en eau de mer. D'ailleurs, le voyage inverse des adultes vers l'océan pour se reproduire, se solde par leur mort.
Le changement inverse existe, comme chez les saumons ou certaines espèces d'esturgeons : les jeunes naissent et vivent en eau douce puis évoluent et migrent en eau de mer où ils vivent encore quelques années. Le passage des adultes en eau douce, pour leur reproduction, se solde par leur mort inévitable.
Le juste milieu, c'est l'eau saumâtre : il n'existe pas vraiment d'espèces d'eau saumâtre, seulement des espèces d'eau douce capable de supporter un certain degré de sel ou des espèces d'eau de mer capable de supporter des salinités très faibles. La plupart du temps, la vie en eau saumâtre ne dure qu'une partie de la vie de l'animal, souvent durant sa jeunesse.
Pour des poissons océaniques, les eaux côtières peu profondes et bien plantées constituent un refuge idéal pour les larves et les jeunes, où ils trouvent une nourriture abondante. En grandissants, ils doivent migrer vers l'océan où ils trouveront un plus grand espace de vie et des proies de plus grandes tailles.
Le bac d'eau saumâtre
Il est important de bien comprendre ces derniers points pour maintenir des espèces d'eau saumâtre : si certains poissons ont bel et bien besoin d'une eau modérément salée, ce n'est bien souvent vrai que durant une partie de la vie de l'animal, et la plupart des poissons auront besoin d'une salinité différente.
Le bac d'eau saumâtre, on le voit, n'est donc pas vraiment à la portée du débutant, car il exige une très grande rigueur. En aucun cas, on ne pourra établir un vrai bac communautaire en eau saumâtre, la plupart des espèces devront même être maintenues de manière spécifique (une espèce par aquarium), ne serait-ce que pour adapter la salinité du bac à leur besoin.
En fonction des espèces, l'équipement du bac correspondra ou bien à celui d'un bac d'eau douce (filtre classique, sable ou quartz, plantes aquatiques d’eau douce) ou bien à celui d'un bac d'eau de mer (pompes, écumeurs, éclairage adapté...).
Quelques espèces pourtant ont des besoins relativement similaires et peuvent être maintenus ensembles : ce sont la plupart des espèces marines côtières, vivant dans la mangrove. La plupart de ces espèces vivent à l'état juvénile dans les mangroves, mais peuvent y demeurer une bonne partie de leur vie.
Dans un bac qui présentera obligatoirement un grand volume (supérieur à 450L), on pourra réaliser un bac d'eau saumâtre relativement facile à entretenir, abritant plusieurs espèces :
- Scatophagus argus argus (Scatophage vert)
- Scatophagus argus atromaculatus (Scatophage à front rouge, "Scatophagus rubifrons" (appellation scientifique erronée))
- Scatophagus tetracanthus (Scatophage africain, espèce rare en aquarium)
- Selenotoca multifasciata (Scatophage argenté)
- Monodactylus argenteus (Poisson-lune argenté)
- Monodactylus sebae (Poisson-lune chocolat)
- Toxotes jaculatrix (Poisson archer)
- Toxotes sp (plusieurs autres espèces disponibles dans le commerce aquariophilie, pas toujours clairement identifiées)
- Coius microlepis (syn : Datnioides microlepis et Lobotes microlepis : percher tigre, ou lobote tigre)
- Lutjanus argentimaculatus (Perche des mangroves).
La plupart des autres espèces d'eau saumâtre doivent obligatoirement faire l'objet d'une maintenance en bac spécifique, pour mieux répondre aux besoins de l'animal.
Les espèces d'eau saumâtre
La liste qui suit présente les principales espèces rencontrées dans le commerce et qui nécessitent, au moins partiellement, d'être maintenues avec une certaine salinité. Il importe de bien se renseigner sur les paramètres de maintenance de ces espèces si on souhaite les maintenir ; présenter ici les paramètres de maintenance de chaque espèce dépasserait le cadre de cet article, qui a essentiellement un but d'avertissement. Souvent, un groupe entier d'espèces (voire une famille) est concerné : par précaution, il vaut mieux se renseigner si l'on souhaite maintenir une espèce proche de celles citées ici, même si elle ne figure pas dans cette liste.
Perches de verre : toutes les perches de verre doivent être maintenues en eau saumâtre. Peu d'espèces sont fréquemment proposées dans le commerce, en dehors de Parambassis ranga.
- Parambassis ranga / Chanda ranga, Chanda lala (Perche de verre) : le statut de cette espèce n'est pas fixé, on trouve les deux noms Chanda en magasin. L'espèce est nettement plus robuste que ce que l'on croit mais doit obligatoirement être maintenue en eau saumâtre. La méconnaissance de ce point est souvent à l'origine des nombreux cas de mortalité, qui font exagérer la difficulté de sa maintenance.
- Gobies marcheurs : toutes les espèces des genres Periophtalmus, Periophtalmodon et Boleophtalmus doivent être maintenues en paludarium d'eau saumâtre.
- Gobies, gobies dormeurs : de nombreuses autres espèces de Gobiidés et Eléotridés (les deux familles sont maintenant séparées l'une de l'autre) vivent également en eau saumâtre, comme les Mogurnda, ou les Gobies chevaliers...
- Les Poissons abeilles sont réputés vivre en eau saumâtre. Des analyses récentes de l'eau du milieu naturel montrent qu'on les rencontre même en eau très douce. Il s'agit en fait de poissons extrêmement tolérants quant à la salinité et à la dureté de l'eau.
- Arc-en-ciel (Athériniformes) : l'ordre des Athériniformes compte essentiellement des représentants d'eau de mer; les petits arc-en-ciel, des eaux douces d'Asie et d'Océanie (Melanotaenia, Pseudomugyl, Telmatherina, glossolepis, Chilatherina, Bedotia...) comptent un grand nombre d'espèces assez tolérantes au sel ; tolérer ne voulant pas dire apprécier, il n'est pas pour autant nécessaire ni même souhaité de les maintenir en eau saumâtre. Peu d'espèces de ces familles sont en fait de vraies espèces d'eau saumâtre, et il faut vraiment se renseigner quant aux exigences des arc-en-ciel en matière de qualité d'eau, si l'on souhaite les maintenir.
- Vivipares (Poecilidés) : La plupart des poécilidés tolèrent très bien l'eau plus ou moins salée, qu'ils leur arrivent de fréquenter dans la nature. Certaines espèces ou populations d'espèces constituent ainsi de vrais poissons d'eau saumâtre ; ce n'est cependant pas le cas des espèces les plus fréquentes en commerce aquariophile.
- Poissons ballons (Tétraodontiformes) : les poissons du genre Tetraodon sont des espèces fluviatiles, dont certaines se sont adaptées aux estuaires. Il existe une polémique quant à la quantité de sel supportée/optimale pour ces espèces.
On retiendra que T. fluviatilis ou T. nigroviridis et T. biocellatus vivent mieux en eau légèrement salée qu'en eau douce pure.
Attention, car il existe des espèces purement dulçaquicoles, pour lesquelles un apport de sel peut être préjudiciable : T. travancoricus, T. lineatus, T. fahaka, T. lorteti...
- D'autres poissons ballons marins (Arothron...) supportent assez bien les densités faibles en sel : ce sont des espèces qui restent cependant marines, et ne doivent pas faire l'objet d'une maintenance en eau douce et/ou saumâtre.
- Poissons archers : Les Toxotes sont des espèces qui fréquentent les mangroves, et les marais. Poissons à l'origine dulçaquicoles, ils sont relativement tolérants à des variations de salinité, et préfèrent une eau légèrement saumâtre.
T. jaculatrix est le plus fréquemment proposé en animalerie. D'autres espèces existent, sans qu'il soit possible de les déterminer à coup sûr (T. microlepis ?)
- Lobotes : Les perches tigres (Coius microlepis, Coius quadricarinatus) sont rarement proposées dans le commerce, mais sont des poissons intéressants, à maintenir dans un grand bac d'eau saumâtre, en compagnie d'autres espèces de taille respectable.
- Scatophages : Ces poissons fréquentent les eaux côtières. Poissons d'origine maritime, ils se sont adaptés et colonisent les sorties d'égouts, et les embouchures de fleuves. On en rencontre plusieurs espèces (Scatophagus, Selenotoca). Leur maintenance en eau saumâtre est nécessaire.
- Poissons lunes : les Monodactylus vivent dans les mangroves lorsqu'ils sont jeunes. Une maintenance des jeunes en bac d'eau saumâtre est indispensable. Les adultes seront mieux dans un vrai bac d'eau de mer, mais, relativement tolérants quant à la salinité, ils peuvent demeurer dans le bac d'eau saumâtre sans dommages.
- Platax : les poissons du genre Platax vivent dans les récifs ; les jeunes naissent et se développent en eau saumâtre. L'élevage des jeunes passe obligatoirement par un bac d'eau saumâtre, en compagnie de Scatophages, de Monodactylus... La grande mortalité observée chez les jeunes est souvent le résultat d'un élevage inadapté en eau de mer.
Les adultes doivent être élevés dans des bacs d'eau de mer. Attention, ces poissons ont une très grande taille.
- Perche des mangroves : la perche des mangroves est un splendide Lutjan (Lutjanus argentimaculatus, poisson d'eau de mer) dont les juvéniles fréquentent les milieux côtiers d'eau saumâtre. Assez rare dans le commerce, ce poisson s'élève bien en bac d'eau saumâtre, y compris à l'âge adulte, pour peu que le bac tienne compte de sa grande taille (jusqu'à un mètre).
Les plantes d'eau saumâtre
Maintenant que l'on a vu quels étaient les poissons concernés, pour ceux qui seraient intéressés par leur maintenance, un mot sur les plantes qui pourront peupler le bac. Peu de plantes supportent de tels écarts de salinité. Les eaux saumâtres sont très plantées, mais assez monotones, quant au nombre d'espèces.
Parmi celles-ci, citons les Ceratophyllum, les Vallisnerias et la mousse de Java, notamment. Attention, la plupart du temps, seules certaines populations de ces espèces se sont adaptées au sel. Il faut, comme pour les animaux, procéder à une acclimatation. La plupart des poissons évoqués pour le bac d'eau saumâtre sont des espèces carnivores, sans grand danger pour les plantes, ce qui devrait pouvoir permettre de mettre en place de belles plantations. Les vraies espèces d'eau saumâtre sont assez peu répandues dans le commerce, car tenant mal en eau douce. Parmi celles-ci, citons Najas marina, par exemple.
Enfin, les Palétuviers, parfois vendus pour les bacs d'eau de mer (!) sont parfaitement adaptés à l'eau saumâtre. Leur culture est délicate et requiert un très fort éclairage, mais peut permettre de recréer une vraie mangrove dans son salon.
Pour aller plus loin :
Le bac d'eau saumâtre est assez peu couvert dans la littérature, mais citons un excellent ouvrage, Aqualog special Brackish water fishes, (en anglais) par Franck Schäffer.
Réaliser un aquarium d'eau saumâtre est une expérience passionnante mais difficile, sans doute pas à la portée de l'aquariophile débutant. Cet article est proposé à titre d'avertissement, pour présenter les différentes espèces dont la maintenance est rendue délicate par le besoin impérieux d'une eau saumâtre.
Qu'est-ce que l'eau saumâtre ?
De l'eau saumâtre, c'est de l'eau salée. Mais ce n'est pas de l'eau de mer. En fait, on qualifie de "saumâtre" toute eau dont la salinité est plus élevée que celle de l'eau douce mais qui l’est moins que celle de l'eau de mer.
Naturellement, on trouve de telles eaux dans les zones où se mélangent eau douce et eau de mer : les estuaires, par exemple, constituent un milieu typique d'eau saumâtre. Il existe également des mares, des marais, légèrement salés : par exemple, des lagunes en bord de mer, alimentées par de l'eau douce et recevant régulièrement des projections d'embruns salés...
Les mangroves, ces véritables forêts aquatiques, sont également des milieux d'eau saumâtre. Souvent situées dans des estuaires ou en milieu côtier, elles reçoivent un mélange d'eau de mer et d'eau salée.
La caractéristique de la salinité d'un milieu saumâtre, plus que d'être un intermédiaire entre l'eau douce et l'eau de mer, c'est surtout d'être très variable.
La salinité, en aquarium, se mesure essentiellement par la densité de l'eau : cette densité est fonction de la quantité de sel dissout mais aussi de la température. La densité de l'eau douce est de 1,000 (on dit souvent "1 000" par erreur : on parle alors en millième de grandeur de densité, pour laquelle il n'existe pas d'unité), la mer, plus salée, à tendance à couler sous l'eau douce qui flotte. Sa densité est supérieure à 1. Celle de la Méditerranée, par exemple, est de l'ordre de 1,031 (là encore, on dit souvent "1031", mais c'est abusif). La densité de l'eau de mer varie beaucoup selon la mer ou l'océan concerné.
En aquarium, on maintient plutôt des espèces océaniques et on ajuste généralement la densité entre 1,018 et 1,024. La densité de la Mer Rouge varie plutôt entre 1,024 et 1,028.
Pour l'eau saumâtre, c'est très variable. Même si 1,008 semble être un bon compromis accepté par la plupart des espèces disponibles en animalerie, la densité de l'eau saumâtre peut varier de 1,002 à 1,045 soit plus salé que l'eau de mer!
Pourquoi la concentration de sel est-elle si importante?
Tous les animaux ont besoin de sel : le Sodium qu'il contient est un acteur essentiel du système nerveux et de la chimie des cellules. Mais la concentration de ce sel dans l'organisme est primordiale et ne doit pas varier.
Pour des animaux qui vivent en permanence dans l'eau, la concentration en sel est très importante : l'osmose est un phénomène qui fait que l'eau se déplace spontanément du milieu le plus concentré vers le milieu le moins concentré.
Dans l'eau douce, le corps des poissons est plus concentré en sel que le milieu extérieur : l'eau a tendance à les "imbiber", à pénétrer de force dans le corps du poisson, ce qui aurait pour effet de le faire éclater.
Chez un poisson d'eau douce, les reins ont un fonctionnement spécial, très intense, destiné à éliminer rapidement les excès d'eau dans l'organisme : ainsi, un poisson d'eau douce élimine de l'eau en permanence (ils urinent en permanence).
En eau de mer, le phénomène inverse s'observe : le sel est moins concentré dans le corps du poisson que dans le milieu extérieur, l'eau a donc tendance à quitter le corps du poisson, qui risque à cours terme une déshydratation mortelle. Pour contrer cette tendance, le métabolisme des poissons d'eau de mer a, au contraire, plutôt tendance à concentrer l'eau dans l'organisme : le poisson boit en permanence, tandis que le rein limite les pertes d'eau au maximum et cherche au contraire à la récupérer.
On comprend bien dans ces conditions les risques encourus par le passage de l'eau douce à l'eau de mer, et inversement.
Très peu d'espèces en sont capables. La plupart ne le font pas spontanément, mais vont changer de milieu au cours de leur vie : les anguilles, par exemple, naissent dans l'océan, puis remontent les fleuves pour vivre la fin de leur vie en eau douce ; au cours de la vie de l'animal, il se produit un changement, qui le rend capable de passer de l'eau de mer en eau douce. En aucun cas l'adulte, devenu capable de vivre en eau douce, ne pourrait survivre plus longtemps en eau de mer. D'ailleurs, le voyage inverse des adultes vers l'océan pour se reproduire, se solde par leur mort.
Le changement inverse existe, comme chez les saumons ou certaines espèces d'esturgeons : les jeunes naissent et vivent en eau douce puis évoluent et migrent en eau de mer où ils vivent encore quelques années. Le passage des adultes en eau douce, pour leur reproduction, se solde par leur mort inévitable.
Le juste milieu, c'est l'eau saumâtre : il n'existe pas vraiment d'espèces d'eau saumâtre, seulement des espèces d'eau douce capable de supporter un certain degré de sel ou des espèces d'eau de mer capable de supporter des salinités très faibles. La plupart du temps, la vie en eau saumâtre ne dure qu'une partie de la vie de l'animal, souvent durant sa jeunesse.
Pour des poissons océaniques, les eaux côtières peu profondes et bien plantées constituent un refuge idéal pour les larves et les jeunes, où ils trouvent une nourriture abondante. En grandissants, ils doivent migrer vers l'océan où ils trouveront un plus grand espace de vie et des proies de plus grandes tailles.
Le bac d'eau saumâtre
Il est important de bien comprendre ces derniers points pour maintenir des espèces d'eau saumâtre : si certains poissons ont bel et bien besoin d'une eau modérément salée, ce n'est bien souvent vrai que durant une partie de la vie de l'animal, et la plupart des poissons auront besoin d'une salinité différente.
Le bac d'eau saumâtre, on le voit, n'est donc pas vraiment à la portée du débutant, car il exige une très grande rigueur. En aucun cas, on ne pourra établir un vrai bac communautaire en eau saumâtre, la plupart des espèces devront même être maintenues de manière spécifique (une espèce par aquarium), ne serait-ce que pour adapter la salinité du bac à leur besoin.
En fonction des espèces, l'équipement du bac correspondra ou bien à celui d'un bac d'eau douce (filtre classique, sable ou quartz, plantes aquatiques d’eau douce) ou bien à celui d'un bac d'eau de mer (pompes, écumeurs, éclairage adapté...).
Quelques espèces pourtant ont des besoins relativement similaires et peuvent être maintenus ensembles : ce sont la plupart des espèces marines côtières, vivant dans la mangrove. La plupart de ces espèces vivent à l'état juvénile dans les mangroves, mais peuvent y demeurer une bonne partie de leur vie.
Dans un bac qui présentera obligatoirement un grand volume (supérieur à 450L), on pourra réaliser un bac d'eau saumâtre relativement facile à entretenir, abritant plusieurs espèces :
- Scatophagus argus argus (Scatophage vert)
- Scatophagus argus atromaculatus (Scatophage à front rouge, "Scatophagus rubifrons" (appellation scientifique erronée))
- Scatophagus tetracanthus (Scatophage africain, espèce rare en aquarium)
- Selenotoca multifasciata (Scatophage argenté)
- Monodactylus argenteus (Poisson-lune argenté)
- Monodactylus sebae (Poisson-lune chocolat)
- Toxotes jaculatrix (Poisson archer)
- Toxotes sp (plusieurs autres espèces disponibles dans le commerce aquariophilie, pas toujours clairement identifiées)
- Coius microlepis (syn : Datnioides microlepis et Lobotes microlepis : percher tigre, ou lobote tigre)
- Lutjanus argentimaculatus (Perche des mangroves).
La plupart des autres espèces d'eau saumâtre doivent obligatoirement faire l'objet d'une maintenance en bac spécifique, pour mieux répondre aux besoins de l'animal.
Les espèces d'eau saumâtre
La liste qui suit présente les principales espèces rencontrées dans le commerce et qui nécessitent, au moins partiellement, d'être maintenues avec une certaine salinité. Il importe de bien se renseigner sur les paramètres de maintenance de ces espèces si on souhaite les maintenir ; présenter ici les paramètres de maintenance de chaque espèce dépasserait le cadre de cet article, qui a essentiellement un but d'avertissement. Souvent, un groupe entier d'espèces (voire une famille) est concerné : par précaution, il vaut mieux se renseigner si l'on souhaite maintenir une espèce proche de celles citées ici, même si elle ne figure pas dans cette liste.
Perches de verre : toutes les perches de verre doivent être maintenues en eau saumâtre. Peu d'espèces sont fréquemment proposées dans le commerce, en dehors de Parambassis ranga.
- Parambassis ranga / Chanda ranga, Chanda lala (Perche de verre) : le statut de cette espèce n'est pas fixé, on trouve les deux noms Chanda en magasin. L'espèce est nettement plus robuste que ce que l'on croit mais doit obligatoirement être maintenue en eau saumâtre. La méconnaissance de ce point est souvent à l'origine des nombreux cas de mortalité, qui font exagérer la difficulté de sa maintenance.
- Gobies marcheurs : toutes les espèces des genres Periophtalmus, Periophtalmodon et Boleophtalmus doivent être maintenues en paludarium d'eau saumâtre.
- Gobies, gobies dormeurs : de nombreuses autres espèces de Gobiidés et Eléotridés (les deux familles sont maintenant séparées l'une de l'autre) vivent également en eau saumâtre, comme les Mogurnda, ou les Gobies chevaliers...
- Les Poissons abeilles sont réputés vivre en eau saumâtre. Des analyses récentes de l'eau du milieu naturel montrent qu'on les rencontre même en eau très douce. Il s'agit en fait de poissons extrêmement tolérants quant à la salinité et à la dureté de l'eau.
- Arc-en-ciel (Athériniformes) : l'ordre des Athériniformes compte essentiellement des représentants d'eau de mer; les petits arc-en-ciel, des eaux douces d'Asie et d'Océanie (Melanotaenia, Pseudomugyl, Telmatherina, glossolepis, Chilatherina, Bedotia...) comptent un grand nombre d'espèces assez tolérantes au sel ; tolérer ne voulant pas dire apprécier, il n'est pas pour autant nécessaire ni même souhaité de les maintenir en eau saumâtre. Peu d'espèces de ces familles sont en fait de vraies espèces d'eau saumâtre, et il faut vraiment se renseigner quant aux exigences des arc-en-ciel en matière de qualité d'eau, si l'on souhaite les maintenir.
- Vivipares (Poecilidés) : La plupart des poécilidés tolèrent très bien l'eau plus ou moins salée, qu'ils leur arrivent de fréquenter dans la nature. Certaines espèces ou populations d'espèces constituent ainsi de vrais poissons d'eau saumâtre ; ce n'est cependant pas le cas des espèces les plus fréquentes en commerce aquariophile.
- Poissons ballons (Tétraodontiformes) : les poissons du genre Tetraodon sont des espèces fluviatiles, dont certaines se sont adaptées aux estuaires. Il existe une polémique quant à la quantité de sel supportée/optimale pour ces espèces.
On retiendra que T. fluviatilis ou T. nigroviridis et T. biocellatus vivent mieux en eau légèrement salée qu'en eau douce pure.
Attention, car il existe des espèces purement dulçaquicoles, pour lesquelles un apport de sel peut être préjudiciable : T. travancoricus, T. lineatus, T. fahaka, T. lorteti...
- D'autres poissons ballons marins (Arothron...) supportent assez bien les densités faibles en sel : ce sont des espèces qui restent cependant marines, et ne doivent pas faire l'objet d'une maintenance en eau douce et/ou saumâtre.
- Poissons archers : Les Toxotes sont des espèces qui fréquentent les mangroves, et les marais. Poissons à l'origine dulçaquicoles, ils sont relativement tolérants à des variations de salinité, et préfèrent une eau légèrement saumâtre.
T. jaculatrix est le plus fréquemment proposé en animalerie. D'autres espèces existent, sans qu'il soit possible de les déterminer à coup sûr (T. microlepis ?)
- Lobotes : Les perches tigres (Coius microlepis, Coius quadricarinatus) sont rarement proposées dans le commerce, mais sont des poissons intéressants, à maintenir dans un grand bac d'eau saumâtre, en compagnie d'autres espèces de taille respectable.
- Scatophages : Ces poissons fréquentent les eaux côtières. Poissons d'origine maritime, ils se sont adaptés et colonisent les sorties d'égouts, et les embouchures de fleuves. On en rencontre plusieurs espèces (Scatophagus, Selenotoca). Leur maintenance en eau saumâtre est nécessaire.
- Poissons lunes : les Monodactylus vivent dans les mangroves lorsqu'ils sont jeunes. Une maintenance des jeunes en bac d'eau saumâtre est indispensable. Les adultes seront mieux dans un vrai bac d'eau de mer, mais, relativement tolérants quant à la salinité, ils peuvent demeurer dans le bac d'eau saumâtre sans dommages.
- Platax : les poissons du genre Platax vivent dans les récifs ; les jeunes naissent et se développent en eau saumâtre. L'élevage des jeunes passe obligatoirement par un bac d'eau saumâtre, en compagnie de Scatophages, de Monodactylus... La grande mortalité observée chez les jeunes est souvent le résultat d'un élevage inadapté en eau de mer.
Les adultes doivent être élevés dans des bacs d'eau de mer. Attention, ces poissons ont une très grande taille.
- Perche des mangroves : la perche des mangroves est un splendide Lutjan (Lutjanus argentimaculatus, poisson d'eau de mer) dont les juvéniles fréquentent les milieux côtiers d'eau saumâtre. Assez rare dans le commerce, ce poisson s'élève bien en bac d'eau saumâtre, y compris à l'âge adulte, pour peu que le bac tienne compte de sa grande taille (jusqu'à un mètre).
Les plantes d'eau saumâtre
Maintenant que l'on a vu quels étaient les poissons concernés, pour ceux qui seraient intéressés par leur maintenance, un mot sur les plantes qui pourront peupler le bac. Peu de plantes supportent de tels écarts de salinité. Les eaux saumâtres sont très plantées, mais assez monotones, quant au nombre d'espèces.
Parmi celles-ci, citons les Ceratophyllum, les Vallisnerias et la mousse de Java, notamment. Attention, la plupart du temps, seules certaines populations de ces espèces se sont adaptées au sel. Il faut, comme pour les animaux, procéder à une acclimatation. La plupart des poissons évoqués pour le bac d'eau saumâtre sont des espèces carnivores, sans grand danger pour les plantes, ce qui devrait pouvoir permettre de mettre en place de belles plantations. Les vraies espèces d'eau saumâtre sont assez peu répandues dans le commerce, car tenant mal en eau douce. Parmi celles-ci, citons Najas marina, par exemple.
Enfin, les Palétuviers, parfois vendus pour les bacs d'eau de mer (!) sont parfaitement adaptés à l'eau saumâtre. Leur culture est délicate et requiert un très fort éclairage, mais peut permettre de recréer une vraie mangrove dans son salon.
Pour aller plus loin :
Le bac d'eau saumâtre est assez peu couvert dans la littérature, mais citons un excellent ouvrage, Aqualog special Brackish water fishes, (en anglais) par Franck Schäffer.
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